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Art Shopping sous le signe du figuratif

Posté le 06/11/2018

 

Quatre mille œuvres, mille artistes, une cinquantaine de galeries : le dernier salon Art Shopping qui s’est tenu au Carrousel du Louvre à la fin du mois dernier a été l’occasion de confirmer la tendance actuelle vers une nouvelle forme de peinture figurative. Ce monde en effervescence de la peinture figurative contemporaine se caractérise avant tout par la diversité des approches, des styles et des inspirations. S’y retrouvent en effet toute la panoplie des pratiques artistiques actuelles : techniques mixtes, couleurs franches ou pastels, portraits ou paysages, réalisme ou imaginaire, ambiance urbaine ou bucolique... Retour sur quelques-uns de ces tableaux figuratifs présentés à la 23eédition parisienne de ce salon d’art contemporain qui privilégie le contact direct entre les visiteurs et les artistes.

Acrylique, huile, pastel, posca, aérosol, encre… la couleur sous toutes ses formes éclatait sur de nombreux stands au dernier salon Art Shopping parisien du mois d’octobre dernier. Des portraits de femmes aux paysages urbains en passant par les arbres et les forêts, la diversité des tableaux présentés relevait autant des sujets d’inspiration que des façons particulières de chaque artiste de poser les couleurs, d’exprimer son individualité. Et c’est bien là un point fort du salon Art Shopping : donner l’opportunité aux visiteurs d’une rencontre directe avec les artistes. Voici donc les approches, les méthodes et les sources d’inspiration de ceux que nous avons rencontrés. 

 

Deux tableaux en un.Françoise Minet, nom d’artiste Minet, présentait au salon les six tableaux de sa nouvelle série de peinture « Transparence ». Réalisés soit à l’acrylique et au pochoir, soit entièrement à l’huile ou bien encore avec des ajouts à l’encre et au posca, ces six tableaux interprètent, chacun à leur manière, l’idée de transparence : « J’ai peint « Beatles » uniquement à l’acrylique et au posca,explique Françoise Minet. « Forêt » pour sa part, qui est le premier tableau de la série Transparence, est composé de deux parties. La partie arrière est réalisée à la peinture à huile tandis que la partie avant qui est en plexy, est peinte à l’acrylique avec des coulures d’encre. C’est en fait deux tableaux en un ». C’est elle, Françoise Minet, qui en effectue entièrement la réalisation, montage des deux parties entre elles y compris. Et c’est bien là toute l’originalité des tableaux de cette nouvelle série : jouer sur les effets de texture, de reflets, d’ombre, afin d’évoquer l’ambiguïté de la notion de transparence. Où est le faux où est le vrai ? Le tableau intitulé « Plastique » par exemple est entièrement peint à l’huile. Mais avec un effet qui donne l’impression que le portrait est recouvert de plastique. Pour la « Fille au casque », la transparence se situe au niveau du casque, sur la visière. Le tableau est également entièrement peint à l’huile (voir iciles six tableaux de la série Transparence). L’idée de base de la série ? « Lorsque je suis partie à Ibiza pour peindre, j’ai eu l’occasion de réaliser les portraits de différents commerçants, dont ceux des stylistes de Las Noches Ibiza, raconte Françoise Minet. C’est là que m’est venue cette idée de transparence. Ils m’avaient demandé de créer leur logo et j’ai associé pour ce faire leurs noms et leurs portraits dans un jeu de transparence... » Logo d’ailleurs utilisé par les deux stylistes à la dernière Fashion Week parisienne (voir ici).

 

 

Minet : « Passante », 81 X 100, toile + plexy, acrylique, 2018, tableau présenté au salon Art Shopping du 19 au 21 octobre 2018, Paris Carrousel du Louvre. 

 

 

 

 

 

 

Street art pour intérieur.Avec ses portraits et sa façon bien particulière de poser les couleurs, Maori Overstreet fait entrer la peinture des rues dans nos intérieurs. « Amber », « Grace », « Marley » : s’inspirant à la fois de l’impressionnisme et du cubisme, Maori Overstreet crée des portraits de femme aux couleurs et aux formes psychédéliques qui expriment la vie, la ville et le mouvement (voir ici). Qualifiant elle-même son travail de « graffiti street art », elle fait du street art une identité artistique à part entière. Sa faculté à donner des formes aux couleurs - et inversement - fascine en effet dans ses tableaux où l’on ne sait plus si ce sont les formes ou les couleurs qui guident nos yeux : « Je m’inspire de plusieurs sites communautaires de photographes où les portraits sont en noir et blanc,explique-t-elle. Puis je pars sur mes couleurs propres. Je peins soit des femmes, soit des enfants. Cela fait des années que j’utilise des techniques mixtes : aérosol, acrylique, posca. Je fais mes esquisses au posca et c’est après seulement je pose mes couleurs et mes aplats ». 

 

 

Maori Overstreet : « Amber », aérosol et posca sur toile en lin, 80 X 80 cm, 2018, toile présentée au salon Art Shopping du 19 au 21 octobre 2018, Paris Carrousel du Louvre. 

 

 

 

 

 

 

Entre figuratif et abstraction. Peignantaussi bien des portraits, des personnages que des paysages urbains ou champêtres, David Twose semble pouvoir faire feu de tout bois pour exprimer sa personnalité d’artiste : « J’ai commencé la peinture par l’abstrait,explique-t-il. Et j’ai également fait beaucoup d’atelier de modèle vivant. Je travaille en deux temps. D’abord d’après nature, puis en allant vers l’abstrait ». Pas de technique mixte, mais une façon bien à lui de faire partager son imaginaire dans des tableaux réalisés soit à l’huile soit à l’acrylique : « Corps humain, univers urbain ou paysages, j’amplifie les couleurs afin de troubler les frontières entre figuratif et abstraction. C’est ce que j’appelle l’abstractivation ». Préparant une exposition pour l’année prochaine en Mai à Chicago, il réside dans un atelier du 59 rue de Rivoli à Paris, ancien squat acheté par la ville de Paris et transformé en ateliers d’artistes en 2009.

 

 

David Twose : « Dawn », huile sur toile, 70 x 70 cm, 2018, toile présentée au salon Art Shopping du 19 au 21 octobre 2018, Paris Carrousel du Louvre. 

 

 

 

 

 

 

Dessiner avec de l’eau. Pas de couleurs vives, mais des silhouettes comme en surimpression qui créent des ambiances de spectres et de sous-bois. Le travail sur tôle de Bertrand Mahieu est en effet assez fantasmagorique. Cet artiste sétois crée ses tableaux en jouant sur les degrés d’oxydation des tôles d’acier qui lui servent de support : « Je fais apparaître des silhouettes sur les tôles en dessinant avec de l’eau,explique-t-il. Les parties dessinées ressortent par oxydation ». Eau du robinet ou eau salée (cette dernière attaque davantage la tôle), aciers différents, métal qui ne réagit jamais de la même façon, dessins sans pochoir… toutes ces irrégularités font qu’il y a toujours quelque chose qui relève du mystère du hasard et de la création dans chaque œuvre de Bertrand Mahieu :« Je me laisse guider par la réaction de la tôle, dit-il. Mais en même temps j’ai en tête ce que je veux, surtout au niveau des contrastes entre les silhouettes et le fond ». L’idée ? Jouer sur les ambiances tout en se laissant guider par les transformations spontanées de la tôle. 

 

 

Bertand Mahieu : « Oxydation » travail présenté au salon Art Shopping du 19 au 21 octobre 2018, Paris Carrousel du Louvre. 

 

 

 

 

 

 

Effets de transparence et d’ambiance, jeux de formes et de couleurs, portraits et paysages, inspirations urbaines et champêtres… cette 23eédition d’Art Shopping témoigne de la richesse, et surtout de la diversité, de la production artistique figurative contemporaine. Nous pourrions ainsi citer encore bon nombre d’artistes présents le mois dernier au Carrousel du Louvre dont le travail s’inscrit dans ce monde de la peinture figurative d’aujourd’hui : Viviane Grouard pour ses paysages de quiétude, Corinne Dauger pour son regard sur la ville, Hervé Maury pour son fabuleux bestiaire, Ahmed Alhosani pour ses superbes chevaux, Kseniya Sergyeyeva pour ses portraits aux couleurs puissantes, Koh pour la lumière de ses somptueux paysages… Et bien d’autres artistes encore.

 

Andrée Muller

 

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