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L’art et le soleil

Posté le 03/07/2018

 

Vincent van Gogh à Arles, Pablo Picasso et Nicolas de Staël à Aix-en-Provence : ces trois expositions marquantes de l’été ont pour thème commun la lumière du Midi de la France, et donc le soleil. Apparu comme sujet d’art à part entière seulement au XIXe siècle car il était représenté auparavant au titre d’entité religieuse, le soleil et la lumière ont inspiré depuis un nombre de plus en plus grand d’artistes. Voici donc en préambule des beaux jours, et aussi pour conjurer les fortes chaleurs actuelles, un petit voyage autour des diverses relations qu’entretiennent entre eux l’art et le soleil depuis près de deux siècles.

D’abord entité religieuse, puis sujet artistique à part entière et enfin symbole de vie, la rencontre du soleil avec l’art remonte au XVe siècle selon Céline Giraud, historienne de l’art et co-directrice de l’association A l'heure de l'art :« Il fascine l’homme depuis des millénaires, souvent vu comme une entité divine. Des mégalithes tournés dans sa direction aux cultes solaires, on retrouve l’image de cet astre aux quatre coins de la planète. Sa représentation remonte effectivement très loin, puisqu’on en connaît qui datent de 3000 avant notre ère ! Après cela, inutile de chercher à compter le nombre de lieux où il apparaît. S’il a été au cœur de nombreuses recherches dans le domaine scientifique, qui a longtemps cherché à comprendre son fonctionnement, il a également inspiré poètes et artistes », Céline Giraud, « Lumière sur le Soleil dans l’art », article publié en juillet 2016 par la revue numérique d’histoire de l’art Deuxième Temps(voir ici).

De Van Eyck à Edvard Munch. Dans son article, Céline Giraud attribue l’apparition du soleil dans l’art à L’Adoration de l’Agneau mystiquepeint en 1432 par Van Eyck. Dans ce tableau, l’artiste flamand place la nature au même rang que la religion en situant le soleil à égalité avec la fontaine qui symbolise le baptême. Mais pour Céline Giraud, le soleil n’apparaitra en tant que tel, comme sujet d’art à part entière, que beaucoup plus tard. Ainsi pour elle, l’un des premiers à faire du soleil un sujet artistique unique est le peintre anglais Turner lorsqu’il peint Le lever de Soleil sur un lacen 1840 : « Turner a été un des premiers à mettre le soleil en avant dans la représentation d’un instant de journée, mais il est loin d’avoir été le dernier ! ». Ensuite, Céline Giraud cite bien sûr Claude Monet avec son huile sur toile peinte en 1872, Impression Soleil Levant. Puis, prenant l’exemple du tableau Soleil Tropical d’Emil Nolde peint en 1914, elle note cependant que : « Les peintres qui le choisissent pour seul objet de leur tableau sont donc rares. Aussi surprenant que ça puisse paraître, c’est jusqu’en Norvège qu’il faut aller pour retrouver les premières grandes représentations du soleil ! » Enfin, c’est pour elle Edvard Munch avec Le Soleil qui a été parmi les premiers à attribuer les couleurs de la vie au soleil. 

 

Edvard Munch, Le Soleil, 1909-1911- Huile sur toile, 452,4 x 788,5 cm, Oslo, Musée Munch - Photo extraite du livre « Munch » d’Ulrich Bischoff, édition particulière pour Le Monde par Taschen GmbH, Bonn 2005.

 

 

Trois expositions au cours de l’été. C’est d’abord « Soleil Chaud, soleil tardif. Les modernes indomptés » qui se tiendra jusqu’au 28 octobre 2018 (elle a débuté le 21 avril dernier) à Arles. Organisée par la Fondation Vincent van Gogh, cette exposition réunit des tableaux de Vincent van Gogh, des œuvres tardives de Pablo Picasso et d’Alexander Calder, mais aussi des réalisations d’Etel Adnan, Giorgio De Chirico, Adolphe Monticelli, Sigmar Polke, Germaine Richier, Joan Mitchell… « Cette exposition thématique s’engage dans une libre exploration du soleil entendu comme une métaphore questionnant le rapport des artistes d’une part à la Méditerranée - aire d’expérimentation - et d’autre part au modernisme et au postmodernisme », explique Bice Curiger, commissaire de l’exposition (voir icile site web de la Fondation pour plus de précisions). L’idée directrice de l’exposition ? Démarrer par « le soleil chaud » en présentant le travail de Vincent van Gogh lorsqu’il découvre la Provence (en février 1888) et terminer la visite en lumière déclinante avec « le soleil tardif ». Celui-ci se retrouve dans les dernières œuvres de Pablo Picasso peintes en 1970 à Mougins. 

Dédié à ce dernier, la deuxième exposition de l’été à la gloire du soleil est « Villers / Picasso - Coup de soleil » qui se tient au Musée du Pavillon de Vendôme à Aix-en-Provence jusqu’au 30 septembre. Elle retrace la collaboration artistique entre l’artiste peintre et le photographe André Villers. Cette exposition rassemble plus d’une soixantaine de photos témoignant d’une dizaine d’années de collaboration entre les deux artistes, de 1954 à 1962 : « Il faudra que nous fassions quelque chose tous les deux. Je découperai des petits personnages et tu feras des photos. Avec le soleil, tu donneras de l’importance aux ombres, il faudra que tu fasses des milliers de clichés », citation de Pablo Picasso en exergue de la présentation de cette exposition (voir icisur le site web de l’exposition). Pablo Picasso aurait fait la connaissance d’André Villers, « par hasard, en mars 1953 alors qu’il travaille à ses céramiques chez un potier de Vallauris ». L’artiste peintre a alors déjà 72 ans tandis que le photographe à seulement 22 ans. Cela ne les empêchera pas d’explorer ensemble les fabuleux pouvoirs des jeux de l’ombre et de la lumière.

Enfin, l’exposition consacrée aux œuvres (71 peintures et 21 dessins) de Nicolas de Staël réalisées lors de son séjour en Provence, entre juillet 1953 et juin 1954 est visible à l’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence jusqu’au 23 septembre. Elle est organisée à l’initiative de Gustave de Staël, quatrième enfant né en 1954 de Nicolas de Staël (voir icipour davantage d’informations sur l’exposition). L’objectif ? Mettre en valeur cette période provençale du peintre qui marque un tournant important aussi bien dans sa vie que dans son œuvre. Rencontre amoureuse, découverte de la lumière du midi, besoin d’honorer le contrat « de production » passé à New York à la galerie Paul Rosenberg… Tout cela conduira l’artiste dans une année d’exception au cours de laquelle il produira, de son propre aveu, le meilleur de lui-même : « Je vous donne là, avec ce que vous avez, de quoi faire la plus belle exposition que je n’ai jamais faite», écrit-il à Paul Rosenberg alors qu’il en finalise les derniers préparatifs. Aujourd’hui l’exposition « Nicolas de Staël en Provence » rend compte de cette envolée créative de l’artiste, de la façon dont il est parvenu à capter et traduire la puissance du soleil et de la lumière.

 

Nicolas de Staël, Agrigente,1954, huile sur toile, 60 X 81 cm - Collection Privée / Courtesy Applicat-Prazan, Paris © Adagp, Paris, 2018 - Photo © Comité Nicolas de Staël.

 

 

Bien sûr le thème du soleil a été utilisé par bien d’autres artistes encore, dans de multiples et diverses approches. On peut citer ainsi dans domaines très différents le flacon du parfum Le Roy Soleildessiné par Salvador Dali en 1947 et produit en édition limitée à deux mille exemplaires par le cristallier Baccarat, ou encore les somptueux couchers de soleil d’Andy Warhol dont le succès, sous forme de posters en particulier, perdure toujours.

 

Andrée Muller

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