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L’art numérique entre en scène

Posté le 15/01/2018

 

Le festival annuel d’Arts Numériques organisé par l’association Vidéoformes se tiendra à Clermont Ferrand du 14 au 17 mars 2018. Du 24 au 26 mai 2018 c’est au tour de la ville de Saint-Orens-de-Gameville en Haute Garonne de tenir son propre Festival des Arts Numériques… Qu’il soit intégré dans les salons classiques d’art contemporain ou qu’au contraire il fasse l’objet d’un évènement à part, une chose est sûre : l’art numérique occupe une place de plus en plus importante ! De quoi s’agit-il exactement ? A quoi ressemblent les réalisations d’art numérique ? Quels artistes pratiquent cette nouvelle forme d’art ? Petit tour d’horizon…

De l’abstraction aux créatures fantastiques en passant par les paysages hyperréalistes, le mariage de l’art et du numérique ouvre la voie à un nombre incroyable de réalisations artistiques ! Aux questions du contenu de cet art numérique qui est encore à ses balbutiements, s’ajoutent celles de son mode de présentation : faut-il nécessairement montrer - et donc voir - l’art numérique via un écran ? Est-il préférable au contraire de le matérialiser en effectuant des tirages numérotés des œuvres numériques, exactement comme pour les photos d’art ? Mais pourquoi pas aussi inventer tout autre chose en utilisant la multiplicité des possibilités de l’impression numérique ? Métal, toile, polymères…quasiment tous les supports sont imprimables !

 

La grande diversité des usages du numérique dans l’art. Il est très difficile d’établir actuellement des catégories, ou même de fixer des voies d’évolution pour cet art encore naissant. Très nombreuses, les combinaisons possibles entre contenu, mode de présentation et type d’automatisation sont de fait encore très peu explorées. Parmi elles, viennent d’abord à l’esprit, car elles sont les plus spectaculaires, les réalisations artistiques dont « l’exécution » est entièrement automatisée, par exemple la fresque murale robotisée présentée à la Gare de Lyon à Paris dans le cadre de la biennale Nemo (visible jusqu’en février). C’est l’exemple type d’une création essentiellement logicielle. Quant au futur musée d’art numérique parisien qui devrait ouvrir ses portes au printemps 2018 dans une ancienne fonderie du XIe arrondissement, il s’agit plutôt d’un usage culturel où les technologies serviront à faire connaître les œuvres d’art classiques en les projetant sur les murs en très grande dimension afin de créer un espace immersif. Dans ce rapide tour d’horizon, il y a bien sûr aussi le film d’animation « Loving Vincent » qui a fait appel à près d’une centaine d’artistes peintres européens pour faire revivre les toiles de Van Gogh. Viennent ensuite, moins immédiatement visibles, les réalisations d’artistes peintres qui remplacent leurs pinceaux et leurs toiles par l’ordinateur ou la tablette. De par leur accessibilité - il suffit de disposer d’un ordinateur ou d’une palette et de quelques applications spécialisées - ce sont à notre sens ces dernières qui pourront réellement donner vie à l’art numérique.

 

Le numérique pour créer. L’idée ? Utiliser une palette numérique ou une tablette pour dessiner à la façon d’un architecte utilisant la CAO (Conception Assistée par Ordinateur) pour élaborer ses plans. Le principal avantage ? Le droit à l’essai-erreur sans risquer de perdre tout son travail. C’est la démarche suivie par Marie Deschamps, dessinatrice de BD lorsqu’elle utilise sa tablette graphique pour « inventer » le cheminement de ses dessins (voir l’article « Marie Deschamps : marier art et informatique »).

 

Dessin de Marie Deschamps réalisé sur ordinateur, in « Le printemps d’Oan ».

 

 

 

 

 

 

 

Impression sur métal. C’est la technique choisie par l’artiste Lord Wilmore. Il crée d’abord ses tableaux sur un ordinateur. Puis les matérialise selon une technique récente qui consiste à imprimer ses réalisations numériques sur des plaques d’aluminium. Très technique, ce procédé de sublimation consiste à faire passer les encres à l’état gazeux afin qu’elles se « fondent » dans les plaques d’aluminium. Son avantage ? Une très grande qualité des couleurs et des contrastes qui permet d’obtenir une œuvre imprimée très proche de l’original créé sur l’ordinateur (voir l’article « Lord Wilmore : artiste courageux »).

 

Tableau de Lord Wilmore créé à l’ordinateur, puis imprimé sur aluminium suivant un procédé de sublimation.

 

 

 

 

 

 

 

 

Impression sous verre. Se positionnant au croisement de la photo et de la création numérique, Roderick Lloyd est un créateur néerlandais de produits d’art. Il invente sur son ordinateur des formes fluides qui se déforment et s’arrondissent au gré des couleurs, des mondes peuplés d’êtres étranges, des réminiscences fantasmagoriques… Il fonctionne en impression à la demande : c’est seulement lorsqu’il reçoit une commande qu’il la fait « manufacturer » en usine. Elle est soit mise sous verre de façon industrielle, soit recouverte d’une couche d'époxy (qui ressemble à du verre).Il fixe ses prix en fonction de la taille. Pour donner une idée, un tableau de 70 cm x70 cm coûte environ 2400 euros pour un tirage maximum de 10 exemplaires (voir l’article « Roderick Lloyd : créateurs de produits d'art »).

 

 

 

Une création numérique de Roderick Lloyd.

 

 

 

 

 

Impression sur toile. Artiste peintre qui peint classiquement, « à la main », ses toiles au pinceau avec de la peinture à l’huile, Mireille Cornillon effectue des tirages numériques de certaines d’entre elles pour les mettre sous résine. Elle réalise ainsi des tableaux en résine, en 12 exemplaires maximum, à partir d’un tirage numérique.

 

 

Tableaux de Mireille Cornillon vus sur son stand au GMAC d’automne 2017 à Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr ces quelques exemples ne donnent pas, loin s’en faut, une idée exhaustive de ce que représente aujourd’hui l’art numérique dans la production artistique contemporaine. Pour tenter une vision plus globale, nous avons regardé les chiffres de la galerie d’art en ligne Artmajeur, qui rend compte à notre avis de de la création artistique actuelle de façon relativement exhaustive : la part de l’art numérique représente moins de 100 000 œuvres contre près de 1,3 million pour la peinture, presque 250 000 pour la photo et plus de 125 000 pour le dessin. A l’intérieur de la sous-catégorie « peinture numérique », c’est le groupe « art abstrait » qui est le plus important avec plus de 6 600 réalisations. Difficile ensuite d’aller beaucoup plus loin dans l’interprétation de ces quelques chiffres qui n’ont aucune prétention statistique… Epiphénomène ou nouvelle discipline artistique ? Seul l’avenir pourra nous éclairer sur l’avenir de l’art numérique…

 

Andrée Muller

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