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Paul Maz, un inventeur d’imaginaires

Posté le 18/06/2018

 

Des couleurs souvent chaudes, des lignes d’horizon plus ou moins marquées, du papier qui transparait toujours quelque part sur des tableaux qu’il appelle des « territoires » : l’ambition de Paul Maz est… ambitieuse. Son objectif est en effet de réaliser des œuvres qui offrent la possibilité à celles et à ceux qui les regardent d’y percevoir quelque chose de personnel. Pari réussi ! Exposés dans deux galeries parisiennes, ArtEthic Galerie et Artistic Garage, les tableaux de Paul Maz sont à la fois assez évocateurs pour susciter l’envie de s’y projeter et en même temps suffisamment ouverts pour que chacun puisse y retrouver des échos de son propre imaginaire. Comment travaille-t-il ? D’où lui vient cette faculté d’interpellation ? Portrait de cet inventeur de territoires qui donnent matière à imaginer… 

Il faut tout d’abord préciser que cet artiste peintre autodidacte est également un homme de spectacle, magicien-prestidigitateur en particulier. Il est aussi poète, auteur de théâtre et musicien. Né en 1952 à Fontainebleau, il a beaucoup voyagé pendant sa jeunesse. Bref, tout est réuni depuis longtemps pour faire de lui l’artiste qu’il est devenu aujourd’hui : « Je n’ai pas suivi de formation formelle d’artiste,explique-t-il. Par-contre, j’ai toujours été artiste dans l’âme. J’ai commencé à peindre jeune, à l’huile, des choses figuratives d’après photos. Puis à l’adolescence, j’ai été musicien dans un orchestre de rythm and blues. J’ai aussi écrit des chansons et des poèmes... ».De ses grands tableaux à l’acrylique à ses dessins à l’encre en passant par ses paysages abstraits sur papier braille ou encore ses sculptures de bois peint, la multiplicité ne lui fait pas peur non plus dans le monde des arts plastiques. Mais si Paul Maz se frotte ainsi à de nombreuses disciplines, c’est néanmoins l’immensité de la mer et l’amour du papier et des mots (il a été journaliste dans la presse écrite pendant plus de 20 ans) qui ont les influences les plus déterminantes sur son travail d’artiste, en particulier dans ses grands tableaux qu’il appelle ses « territoires ». 

 

Des horizons vus du large. « Enfant, j’ai fait de grands voyages en mer,précise-t-il. Mon père ayant été amené à vivre en Nouvelle Calédonie pour son travail, j’ai fait deux fois le trajet en bateau depuis la France. J’ai aussi vécu en Afrique pendant deux ans et je suis revenu du Congo Brazzaville (Pointe Noire) en France, également en bateau »… Ces voyages qui n’en finissaient pas transparaissent dans la façon dont Paul Maz évoque la mer et symbolise l’horizon dans ses peintures d’aujourd’hui : « Même s’ils sont proches de l’abstraction,on voit souvent sur mes tableaux la terre depuis la mer, et non l’inverse », souligne-t-il. Partageant un atelier depuis quatre ans à Le Perreux sur Marne avec cinq autres artistes, Paul Maz peint à l’acrylique sur de grandes feuilles de papier posées à plat sur la table. Il peint au couteau à peindre, au sabre (en métal très souple), à l’éponge, au rouleau, au chiffon… mais très peu avec des pinceaux, dont il efface les traces lorsque parfois il les utilise. En revanche, s’il ne place jamais sa peinture directement à la main, il cherche en permanence le lâcher-prise afin de laisser passer une part d’inconscient dans ses tableaux. Sa méthode ? Cultiver à tous les niveaux sa liberté d’esprit : « On n’a pas de référentslorsque l’on est un artiste autodidacte ».

 

La stratégie du « lâcher-prise ». Pour faire de ses territoires des lieux qui donnent matière à imaginer,Paul Maz a en effet mis en place un processus de création bien particulier qui consiste à se libérer au maximum des habitudes et des conformismes. Ce processus s’engage dès le démarrage d’un tableau :« Si le plus difficile pour moi est de savoir pourquoi et pour qui on peintma création en revanche peut changer à chaque instant,admet-il d’emblée. Je n’ai pas d’intention formelle ». D’où, d’ailleurs, sa devise : « Toute œuvre sait de nous des choses que nous ignorons d’elle ».  

 

Et c’est bien là, sur quelque chose d’informel, que se concrétisent ses territoires : « Je démarre quelque fois par une émotion musicale, dit-il. D’autre fois c’est la vue d’un paysage, un souvenir ou un poème qui m’inspirent ». Les rouages par lesquels ces émotions vont se traduire en peinture sont multiples. Pour un poème par exemple, il lui est arrivé d’en écrire les premiers mots à la peinture en guise d’ébauche. Une chose est constante cependant dans sa démarche : « Le cœur de mon processus de création consiste à ne pas préconcevoir la finalité d’une œuvre ».

 

Du démarrage à la phase finale Paul Maz ne se détache pas de cette logique du lâcher-prise. Mais c’est en fin de course qu’elle prend le plus d’importance : « Si lorsque je peins, je ressens une émotion, j’arrête tout, explique-t-il.C’est le signe que mon tableau est fini. Je sais alors que toute action, même minime, serait de trop ! »Cette conscience du moment d’achèvement est en effet pour Paul Maz la condition sine qua non de l’ouverture de ses territoires. C’est ce qui leur permet de donner matière à imaginer, qui donne la possibilité aux regardeurs de s’y projeter : « En général, les tableaux que je crée donnent l’impression de lieux physiques. Mais en fait les couleurs et les proportions ne sont pas formelles. Ce sont des territoires créés pour aller à la rencontre d’autres imaginaires ».

 

Pas de marquages.C’est toujours dans cette même intention d’ouverture que Paul Maz ne veut pas emprisonner son art dans des outils, des techniques ou même des façons de faire : « Pourquoi je m’empare de telle couleur et pas de telle autre ?Je ne sais pas. J’aime cette autonomie des couleurs »,avoue-t-il. Pas question non plus de placer son travail dans des cadres (au sens propre) bien délimités : « En général je peins sur une grande table à plat et j’utilise comme support soit du papier soit du carton,poursuit Paul Maz. Je prends parfois du papier peint structuré, pour sa matière. D’autre fois, il m’arrive de couper une peinture pour n’en garder qu’un morceau, à la manière de Paul Klee» Pas question encore d’adopter une logique de reproduction. Les couleurs et les formes ne reviennent de façon ni régulière ni systématique dans ses tableaux : « Je ne capitalise pas, dit-il. Je ne veux pas réutiliser. Ce qui me plait c’est découvrir et être surpris par la richesse de ce qui va sortir. Je me laisse porter ». 

 

Enfin et surtout, c’est le refus du préconçu, du prêt à penser, du prêt à regarder… que Paul Maz veut transmettre dans ses tableaux : « Je ne veux pas proposer des imaginaires à habiterD’ailleurs tous mes tableaux ont des titres a priori non signifiants car je ne veux pas orienter non plus par un titre. Je veux laisser les imaginaires des autres libres, eux aussi ». 

 

Andrée Muller

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